Les dictionnaires les plus complets de la langue française possèdent plus de 90 000 mots, tandis que l'anglais en compte plus de 200 000. Mais la richesse d'une langue n'est pas proportionnelle à son nombre de mots.
Dans son dictionnaire d'argot publié en 1865, intitulé Les excentricités du langage, Loredan Larchey montre la richesse du langage fleuri, imagé, argotique pour décrire certains objets ou situations.
Ainsi, on peut suivre tous les degrés d'ébriété d'une personne: on commence par être bien, puis on est gai, lancé, éméché, pompette, allumé, puis enfin raide comme la justice, bourré, farci, blindé, rond, on a son compte. Le lendemain, on aura sûrement mal au cheveux.
Ce qui est intéressant c'est l'aspect imagé de ces expressions: prenez raide comme la justice, c'est la marche de l'ivrogne qui essaie de se tenir droit. Ou encore éméché, c'est un vase légèrement cassé: cela veut dire qu'on est encore en état de fonctionner, mais que la fête commence!
Il en est de même pour le vocabulaire de la lutte par exemple: se crêper le chignon c'est s'attraper par les cheveux, la dégelée indique que la température monte, on peut être rossé comme par un cheval, ou encore la trempe comme du linge sale.
La mort elle-même prête un verbe à chaque état: le joueur dévisse son billard, le fumeur casse sa pipe, le militaire passe l'arme à gauche.
Des mots comme argent, femme, ou faire l'amour possèdent des milliers d'équivalents en argot. C'est pour cela que le nombre de mots d'une langue ne signifie rien. Car un même mot signifie diverses choses en fonction du contexte, de sa position dans la phrase, et beaucoup d'entre eux ne sont même pas recensés. Et parle-t-on des mots qu'on utilise, ou qui existent, ou ont existé? Ce qui est important, c'est de les découvrir, les aimer, les partager et les faire vivre!